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Décloisonner une cuisine : ce qu'on peut abattre

il y a 1 jour
5 min de lecture

On ne m'appelle presque jamais pour abattre un mur. On m'appelle parce qu'une cuisine est trop petite, trop sombre, trop à l'écart, et parce que la personne qui y passe ses journées s'y sent enfermée pendant que le reste de la maison reste vide. Décloisonner est souvent la bonne réponse. Reste à savoir ce qu'on peut abattre, et ce qu'on ne peut pas : c'est cette question qui décide du projet, du budget et du planning.


Le vrai symptôme : vivre dans la plus petite pièce de chez soi


À Ozouer-le-Voulgis, en Seine-et-Marne, ma cliente habitait une maison d'architecte : de beaux volumes, de la hauteur, et une décoration restée figée. Sa cuisine, elle, était une petite pièce cloisonnée posée au milieu de cette grande maison. C'est là qu'elle passait le plus clair de ses journées. Je le résume toujours de la même façon : elle vivait dans la plus petite pièce de chez elle.


C'est fréquent dans les maisons où la cuisine a été pensée comme un local technique et non comme un lieu de vie. Avant de parler de meubles ou de teintes, mon premier travail consiste donc à regarder les murs : lesquels tiennent la maison, et lesquels ne font que séparer deux pièces.


Cuisine ouverte noir et blanc avec îlot XXL et poutres porteuses conservées, maison d'architecte à Ozouer-le-Voulgis (77)
Les grandes poutres sont porteuses : elles ont été conservées telles quelles. Seules les petites cloisons situées entre elles ont été supprimées.

Mur porteur ou simple cloison : la distinction qui commande tout


Un mur porteur reprend des charges : le plancher de l'étage, la charpente, parfois un autre mur situé au-dessus. Le supprimer sans remplacer sa fonction, c'est retirer un pied à une table. Une cloison, elle, ne porte qu'elle-même : elle découpe l'espace, rien de plus. Entre les deux, tout change — le coût, les délais, les intervenants, et parfois la faisabilité même du projet.


Quelques indices mettent sur la piste : l'épaisseur du mur, son matériau, sa position dans la trame de la construction, ce qui se trouve juste au-dessus à l'étage, le sens de portée des planchers. Ces indices orientent le diagnostic. Ils ne le concluent jamais.


Pourquoi la réponse ne se devine pas à l'œil


Parce qu'un mur ne dit pas ce qu'il fait. Un porteur peut avoir été doublé, enduit et repeint, et ressembler à une simple cloison. Une cloison peut avoir été montée en briques pleines et sonner comme un mur porteur. Et dans une maison transformée plusieurs fois, les descentes de charges ne suivent plus forcément le plan d'origine.


C'est pour cette raison que je ne tranche jamais seule, et que personne ne devrait trancher seul. La décision revient à un professionnel du bâti : un maçon qualifié, et dès qu'il y a un doute ou une ouverture importante, un bureau d'études structure qui calcule la reprise et engage sa responsabilité. Dit autrement : aucun article de blog, le mien compris, ne peut vous autoriser à ouvrir un mur.


Quand c'est porteur, il existe presque toujours une solution


Porteur ne veut pas dire impossible. Cela veut dire qu'il faut remplacer la fonction du mur avant de le retirer. Trois pistes reviennent sur mes chantiers :


  • une poutre de reprise, dimensionnée par un bureau d'études, qui reprend la charge sur toute la largeur de l'ouverture ;

  • une ouverture partielle : un passage calé entre deux appuis, plus large que haut, suffit souvent à faire circuler la lumière et le regard ;

  • et la solution que je préfère quand elle est possible : conserver l'élément porteur et l'assumer, au lieu de le cacher.


À Ozouer-le-Voulgis, c'est exactement ce que nous avons fait. De grandes poutres traversent la pièce : elles tiennent la maison, elles sont restées en place, visibles. Et elles font le caractère du lieu — tout aplanir en blanc aurait appauvri le volume. Je n'ai fait tomber que les petites cloisons situées entre ces poutres, celles qui ne portaient rien. Le résultat : une grande cuisine inscrite dans la pièce de vie, sans avoir touché à la structure. Le projet complet est sur la page de la réalisation à Ozouer-le-Voulgis.


Cuisine ouverte sur la grande pièce de vie après décloisonnement, maison à Ozouer-le-Voulgis (77)
La cuisine n'est plus une pièce à part : elle s'inscrit dans le grand volume de vie, sans que la structure ait été modifiée.

Ouvrir une cuisine, c'est ouvrir quatre autres chantiers


Le mur n'est que la première question. Quatre sujets suivent, et chacun coûte cher s'il est découvert trop tard.


L'accord de la copropriété. En appartement, la structure appartient à l'immeuble, pas à votre lot : toucher à un mur porteur suppose une autorisation votée en assemblée générale, appuyée par une étude. Cela se demande des mois avant les travaux, pas la veille.


Le chauffage. La cuisine et le séjour ne forment plus qu'un seul volume à chauffer : les émetteurs doivent être revus, et leur emplacement aussi, puisque les murs qui les portaient disparaissent. À Ozouer-le-Voulgis, c'est un radiateur miroir qui chauffe la cuisine, choisi parce qu'il tient peu de place visuelle dans une pièce désormais ouverte.


L'électricité. Une cloison qui tombe emporte ses prises, ses interrupteurs et ses gaines. Il faut reprendre les circuits, prévoir l'alimentation de l'îlot et l'éclairage du nouveau volume — un poste où le choix de l'entreprise se voit vite. J'en parle dans mon article sur la façon de choisir un électricien.


Les odeurs et le bruit. C'est l'objection la plus fréquente, et elle est justifiée : sans cloison, une friture se sent dans tout le séjour. La réponse est une hotte correctement dimensionnée et bien évacuée. À Ozouer-le-Voulgis, nous avons posé une hotte escamotable : elle disparaît quand on ne s'en sert pas, ce qui est essentiel au-dessus d'un îlot placé au milieu d'une pièce de vie.


Hotte escamotable au-dessus de l'îlot d'une cuisine ouverte, rénovation à Ozouer-le-Voulgis (77)
La hotte escamotable s'efface quand elle n'est pas utilisée : en cuisine ouverte, c'est ce qui permet de garder une vue dégagée.

Ces décisions se prennent avant que les artisans n'arrivent


L'ordre compte autant que les choix. Le diagnostic structure vient d'abord, puis le plan, puis l'implantation de la cuisine, et seulement ensuite les entreprises. Un chantier qui démarre avant qu'on sache ce qui porte, ce sont des devis à refaire et des semaines perdues.


À Ozouer-le-Voulgis, ce travail en amont a permis une cuisine haut de gamme noir et blanc, avec un îlot XXL souligné par ses luminaires, des plans de travail en pierre et un carrelage au sol, choisi parce que ma cliente a des animaux. Le budget de la cuisine s'est établi autour de 40 000 €. Sur ces arbitrages, deux articles vont plus loin : rénover sa cuisine et comment choisir un îlot de cuisine.


Ce chantier a fait l'objet d'un reportage de six pages dans le magazine Cuisines & Bains (n° 166, février-mars 2017), sous le titre « Chronique d'une rénovation ».


Comment j'interviens sur ce type de projet


Mon rôle est d'anticiper les pièges et de proposer des solutions sur mesure pour chaque projet : identifier très tôt ce qui porte et ce qui ne porte rien, faire intervenir le maçon et, si nécessaire, le bureau d'études au bon moment, puis dessiner une cuisine qui tienne compte de la structure réelle au lieu de la combattre. C'est souvent ce qui sépare une ouverture réussie d'un projet qui s'arrête au premier devis.


Si vous avez une cuisine fermée et l'impression de vivre dans la plus petite pièce de chez vous, parlons-en avant les travaux. Une visite conseil suffit généralement à savoir ce qui est possible chez vous et dans quel ordre avancer. Vous pouvez me joindre directement ou passer par ma page contact.


1001 idées — Peggy Guezello, architecte d'intérieur

14 rue de l'Église, 77390 Yèbles

06 81 44 17 17

 
 
 

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